jeudi 12 janvier 2012

Il y avait des enfants

Il y avait des enfants

profondément pliés en avant

sur des skis courts

qui prudents

glissaient 

sur une pente.


Il y avait un soleil orange

qui sur le sommet

de nombreux sapins

se reposait.


Il y avait de la neige

qui fondait

et s’écoulait

par un sentier de gravier

à la recherche 

de la mer.


Il y avait un oiseau brun

que picorait les miettes

d'une assiette.


Il y avait les pensées

des pères, des mères

et les amis

qui ne sont plus là.


Il y avait des images

qui ressemblaient à autrefois.


Il y avait deux personnes

qui s’étaient assises

sur un banc

à l’abri du vent.


Il y avait les mains

qui se cherchaient.


Il y avait du temps  

et      

du chocolat chaud.

lundi 7 novembre 2011

De nous

Deux de nos nièces sont venues loger. Une de cinq ans et l’autre de huit, qui ressemble comme deux gouttes d’eau à ma femme. Elles gambadent comme des chiots partout dans la maison. De joyeuses voix françaises emplissent les pièces.

Me casse presque le cou sur les jouets qui traînent par terre. Après toutes ces années  à éviter les balles de ping-pong qui parsèment les scènes, je suis devenu un promeneur expérimenté.

‘Pourquoi est-ce que ce cheval est aussi grand ?’ demande la plus jeune à ma femme. ‘Est-ce qu’un poney est un bébé ?’

Mon épouse explique qu’il y a différentes races de chevaux, des grandes et des petites.

Ça me rappelle une conversation que j’eu un jour avec notre fils. ‘Papa, disait ce petit bonhomme, Robbie dit que tout est à Dieu.’ ‘Donc votre vélo aussi.’

‘Ah ça non !’ répondis-je.

‘A qui est votre vélo, alors ?’

‘Euh…’ Il fallut, soudain, que je réfléchisse profondément.’Tu sais….’ Pour gagner du temps, ‘…nos chaises sont aux arbres, notre sol est à la terre, notre respiration est à l’air, ce que nous pensons est, je pense, à nous-même et mon vélo est à moi.’ Ça j’en suis sûr.

Mon fils me regardait attentivement. ‘Papa, et à qui est Dieu ?’ Tu persistes jeune homme !’. A nouveau je dus me creuser les méninges. ‘ Dieu est peut-être  une poupée que les gens ont imaginée pour jouer, dis-je après avoir accidentellement regardé une figurine sur la cheminée.


La plus âgée des nièces pince une Barbie ; de sa bouche de plastique s’échappe une petite voix : ’Oui, oui, oui.’

lundi 24 octobre 2011

Le Petit Prince

La nuit, avant d’aller dormir, je zappe parfois parmi les différentes chaînes de télévision, pour me changer les idées après le spectacle. Le son en sourdine pour ne pas réveiller ma femme. Sur une chaîne anglaise de sciences naturelles, j’assiste à la formation d’un système planétaire à 150 années-lumière de la terre. Un système planétaire qui contient suffisamment d’eau gelée pour remplir milles océans terriens. J’ignorais que les comètes de glace étaient celles qui, un jour, avaient apporté l’eau sur la terre. 

Sur une chaîne française, je vois un reportage sur un jeu musical autour du « Petit Prince » de l’écrivain et pilote Antoine de Saint Exupéry.

Sur une chaîne arabe  des images de Muammar Kaddafi sommairement jugé. Des gens dansant dans les rues de Tripoli. Kaddafi organisa un coup d’état contre le Roi Idris I.

1986 les gens dansent dans les rues de Tripoli parce que les Américains ont arrêté de bombarder la ville. 1993 les gens dansent dans les rues de Tripoli parce que l’attentat militaire sur Kaddafi a échoué. 2011 les gens dansent dans les rues de Tripoli parce que Kaddafi à été tué dans les égoûts.

Avec ces images dans la tête, je me suis endormi.

Rêve : Assis sur le canapé dans un hôtel, je regarde la télé. Par la fenêtre entrouverte, déboule dans ma chambre un météore. C’est un bloc de glace. Dans la glace, est assis en position du fœtus, le Petit Prince. Je me précipite vers la salle de bain, m’empare du sèche-cheveux et fais fondre la glace. Place le Petit Prince tremblant de froid,sur une petite table, le sèche et lui enfile mon T-shirt. Un peu plus tard, confortablement assis et bien au chaud, nous regardons à la télé les images décrites ci-dessus de gens dansant dans les rues de Tripoli. Visiblement, le Petit Prince n’en croit pas ses yeux. Il me demande si je veux éteindre la télé et, tout comme ma mère le faisait, me met au lit, me raconte une histoire au sujet de quelque chose où je n’interviens plus. Danse dans l’embrasure de la porte comme les gens dans les rues de Tripoli, avec tellement d’eau dans les yeux, qu’il gèle et tout comme il était venu, le Petit Prince s’envole par la fenêtre sous forme de glaçon vers l’espace.

Merveilleux.

lundi 17 octobre 2011

C’est quand même dommage

Gamin je portais les pulls-over ,lavés trop chaud, de mon père, qui lui venaient de son père. Je grandissais, ces pièces vestimentaires étaient alors réutilisées comme, par exemple, sous-vêtements de laine (camisole). A cette époque, en effet, il n’y avait pas de chauffage à la maison. Les manches devenaient des maniques, les morceaux restants, des couvre- œufs. Même les trous recevaient une fonction : ils devenaient de façon très pratique , des boutonnières.


Par la prospérité, l’utilisation des choses changea. Au grand dam de ma mère, il n’était plus nécessaire de transformer les bustiers en couvre- théières.


Mais regarde : Le monde change. Nous nous tenons à la veille, de peut-être bien, une nouvelle pénurie. Dans le journal d’aujourd’hui lis que « Du fait que les matières premières deviennent toujours une denrée rare, nous prenons de plus en plus conscience que nous devons voir également nos déchets comme  matière première. Ceci exige des projets intelligents et des innovations. » Il s’agit, autant que possible, d’utiliser nos matières premières aussi indéfiniment que possible, de sorte que les déchets retrouvent une valeur, tel que la matière première vierge avec laquelle on avait commencé. Ils appellent ça : Economie circulaire. Ma mère lèverait les sourcils.  Elle serait actuellement vue comme économe circulaire. Avec le verre et le papier, les gens ont déjà fait un grand pas en avant. Le papier peut déjà être réutilisé sept fois. Les fabricants de tapis aussi, travaillent déjà en grande partie selon cette recette. Ma défunte mère lit, par-dessus mon épaule, pendant que j’écris et approuve en hochant la tête.

lundi 10 octobre 2011

Pappy ?

« On ne peut plus sauver notre planète » écrit le directeur actuel de Greenpace, l’Australien Paul Gilding. « Quelques milliards de gens mourront » , raconte-t-il avec enjouement à Gérard Reijn du journal « De Volkskrant » ; de famine, de soif, et de la guerre. Ceci dans le meilleur des cas. Car dans un mauvais scénario, celui dans lequel l’homme ne décide pas au dernier moment d’agir et de restreindre sa consommation, il ne restera alors peut-être que quelques centaines de millions de gens.

Son message est noir, rappelant celui de l’Ancien Testament. Tempêtes, inondations, sécheresses, guerres, famines seraient ce qui nous attend.

Tout ça parce que nous avons trop exigé de la terre. Les signes sont aujourd’hui visibles. Somalie avec une inquiétante famine ; la Russie a cessé son exportation de céréales ; Texas où il y a la pire sécheresse de l’histoire. Une pareille chose se passe autour de Chicago,alors c’est la prise de bec. Paul Gilding attire notre attention sur les prix des matières premières qui augmentent, alors que nous sommes en pleine récession. Ils devraient baisser, mais ce n’est pas le cas.

Un signe avant- coureur.

Thomas Friedman écrit aussi dans le New York Times que c’est ce qui nous attend tous, du moins, si notre système de croissance et celui de la nature se heurtent comme ça.


Si en 1930 on nous avait prédit qu’une guerre mondiale allait éclater, durant laquelle 60 millions de gens seraient tués et 6 millions de juifs gazés, personne non plus, ne l’aurait cru.


Je regarde par la fenêtre et vois un bouleau blanc. Il perd ses feuilles. 

Un peu plus loin un ballon de foot couché dans l’herbe. Il y est resté après notre petite partie Barcelona- Real-Madrid., Pappy contre ses petits-enfants. 

Entends en pensées leurs voix.

« Pappy, pappy, que fait-on demain ? »

mardi 4 octobre 2011

Garçon de 10 ans

Gouda, Rijswijk, Lelystad, Middelburg, Roermond, Breda, Bussum, Stadskanaal, Amsterdam. Vois les Pays-Bas en cet été tardif, défilés de derrière la fenêtre d’un train, d’une auto. Des milliers et des milliers de vanneaux attendent  le tir de départ pour s’envoler vers le Sud ?

Voitures emplies de Polonais, de vacanciers sur le tard -ou seraient-ils de nouveau les premiers- Camions, tels  des panneaux publicitaires roulants, tout est  à acheter   chez point et com, comme je pensais autrefois, que Max Laadvermogen (Max Charge-utile), était quelqu’un qui possédait les camions.

Les villes Néerlandaises sont, avec celles de la Suisse, les plus ordonnées.

Le paysage ressemble à un green-bloc alligné. Théâtres, où nous jouons sont impeccables et incomparables à n’importe où. Il n’existe aucun endroit au monde où les théâtres sont aussi bien équipés qu’aux Pays-Bas. Nulle part ailleurs, non plus, où l’on vous attend à l’issue d’un spectacle  avec autant de bitterballen* particulièrement brûlantes.

Vois le tout, comme si c’était la première fois, à nouveau tous les quatre ans. Fixe, dans les couloirs, les vitrines garnies de photos aux visages familiers. 

La plupart des artistes accrochés là à une punaise, ne sont plus. Je les ai connus : Hermans, Sonneveld, Kan, Shaffy, Ko van Dijk,, Paul Steenbergen, Conny Stuart, Ank van der Moer, ,stars de revue , le ballet, des artistes, farceurs, prédicateurs,comédiens. Ceux qui vivent toujours sont  fortement en infériorité. La plupart des personnes dans notre groupe, n’étaient pas encore nés lorsque Erik et moi jouions pour la première fois à Breda.

Miraculeux.


Dans deus semaines paraît la biographie d’un voyage : « Naar Carré » (Vers Carré). Un livre que j’ai écrit à propos de gens et  événements qui ont fait en sorte que nous arrivions à Carré. Personne, autant que je sache, qui travaillait  là,  dans ce Théâtre Royal lorsque nous y avons débuté, n’y est ou travaille encore.


A Lelystad, je reçu d’une femme, une lettre avec une photo,sur laquelle on me reconnaît  en garçon de dix ans. Une photo que je n’avais jamais vue auparavant. Un petit bonhomme avec une couronne  sur ses boucles chante sur une petite scène, vêtu d’une veste de velours sur une chemise blanche avec des manches en dentelles. Ses yeux fermés. Personne ne sait ce qu’il voit à l’intérieur.

Qu’est ce qui a changé ? Tout comme je me tenais là, je chante toujours avec cœur et âme. Nous sommes maintenant deux, le garçon et moi.




[N.B : *Bitterballen=  spécialité Hollandaise, une sorte de croquette de poulet servie comme amuse-gueule]

lundi 2 mai 2011

Réflexions

Dans le dernier vol de la navette spatiale Endeavour,
appelée ainsi en pensant au chanteur français Charles Aznavour,
se trouve un appareil partiellement néerlandais
qui parmi les particules
qui proviennent du cosmos
doit découvrir l’antimatière.
Selon les critères actuels,
ainsi je lis,
une explosion primaire causa
autant de matière que d’antimatière.
Sur notre terre tout est matière,
mais toutes les particules de matière
ont aussi leurs antiparticules.
S’il y en a le même nombre
ni je lis ni je sais.
Cela semble logique,
tout ce qui est
également n’est point,
au moins pas à l’œil.
J’ai toujours trouvé ça une idée fascinante.
Dans l’espace il y a beaucoup plus de masse
que ce que l’on voit dans les étoiles et les systèmes.
Ce qu’est cette matière sombre,
reste un inconnu.
Endeavour espère y trouver des réponses.

Il y a des arbres
avec des racines dans la terre,
plus grandes
que les arbres eux-mêmes.
Je me souviens d’une histoire
d’un poète
qui se demandait
si l’homme
peut-être aussi a des racines
dans la forme d’un autre moi invisible.
Comme s’il y avait, un homme sombre
qui pour tout vit ensemble avec lui ou elle.

Dans un livre vieux de près de deux mille ans
on parle d’un
esprit saint
qui s’est coulé dans l’homme.
Des tribus entières croient
en une âme immortelle.
Si moi, qui parfois pense que celle-ci peint,
chante,
que ma main, ma voix,
est la prolongation
de quelque chose qui me fait.

Endeavour peut nous aider
à trouver la lumière sur
ce qui est et ce qui aussi n’est pas
pour que nous n’ayons plus à nous tracasser:
suis-je seul ou à deux?
Et si l’un d’eux meurt,
l’autre meurt-il aussi?
Et sinon,
que fera mon ego
antimatière?
Il est triste
ou soulagé?