Le soleil se lève
Le brouillard est suspendu
au-dessus des « polders ».
Les oiseaux commencent à gazouiller
Un pivert martèle un arbre.
Sous le saule pleureur, maman mouflon met un petit au monde.
Dans un glissement essoufflé, sans bruit.
Maman le lèche.
Quelques daims curieux s’approchent.
Papa mouflon reste à distance.
Sœur mouflon est désintéressée.
Le brouillard s’est dissipé.
Le soleil brille.
Le nouveau-né ?
Se lève, chancelle sur ses hautes pattes,
marche précautionneusement sur ses petits sabots,
dans l’herbe humide.
Qui est là ? Semble-t-il penser.
Il s’avance vers son père,
renifle son derrière.
Irrité, le mouflon mâle,
fait volte face
et le heurte avec ses puissantes cornes.
La petite bête fait un vol plané
et s’écrase, étourdi, sur le sol
deux mètres plus loin,
il ne se relèvera plus, pensais-je.
Un peu plus tard, l’agneau vacillant
se redresse et titube vers la sœur de sa mère,
renifle son entrejambe, à la recherche d’un mamelon.
Elle n’apprécie guère ses manières et rosse le petit dans le flan.
Un cri.
Le nouveau-né s’effondre,
et lorsqu’il est couché, tante mouflon
enfonce ses cornes pointues dans le petit corps fragile.
Je veux sauter par-dessus la clôture
et foutre des coups de pieds à ces animaux.
L’agneau se lève à nouveau
et comme un homme soûl,
titube maintenant vers sa mère.
Qui sent son enfant
et continue à brouter indifféremment.
De nouveau il s’avance vers son père.
‘Ne fais pas ça !’, criais-je en pensant
cette fois, il va l’achever !
Mais non,
il se redresse et en même temps
reçoit un coup de cornes de sa tante,dans le ventre.
Après environ une heure
et une lèvre abîmée
L’agneau a compris sa leçon.
Que le seul mouflon qui ne le bouscule pas
est sa mère.
Qu’elle a du lait pour lui
Et un ombre chaleureuse.
Cinq jours plus tard.
Le soleil brille.
Un jeune mouflon
Cabriole joyeusement dans la prairie.
N’essaye même plus de chercher
du lait chez son père.
Ne s’avance plus sans raison
vers un animal qu’il ne connaît pas.
Ne se préoccupe pas de cet homme
qui observe tous ces jours.